Ob! Deux lettres apparemment ordinaires se sont gravées dans le cœur d’un enfant comme le symbole de lointaines et immenses étendues. Mon professeur de géographie à l’école primaire était passionné par la Sibérie. Il agitait les mains et sautillait, dépeignant aux enfants l’espace infini à l’aide de mimiques, de gribouillis à la craie sur le vieux tableau vert et de quelques minuscules photographies dans le manuel.
« Là-bas, les poissons sont plus grands que vous, et certains même plus que moi », disait avec excitation notre svelte professeur, un Hercégovinien mesurant près de deux mètres qui nous paraissait, à nous enfants, tel un géant, comme s’il venait tout juste d’arriver des rives d’un fleuve sibérien où il aurait pêché une prise monumentale.

Nous écarquillions les yeux d’incrédulité, la bouche bée, attendant avec impatience le cours suivant. Il n’avait pas besoin de vérifier si nous avions appris les noms des plus grands fleuves sibériens : l’Ob, l’Irtych, la Léna, l’Amour, l’Iénisseï…
Il y avait dans ses cours des loups et des renards de Sibérie, des ours polaires et l’immensité glacée où, semble-t-il, galopent encore aujourd’hui les Cosaques grâce auxquels la Russie, en seulement cinquante-sept ans (1582–1639), s’est étendue de l’Oural jusqu’à l’océan Pacifique. En réalité, cela s’est produit grâce aux fleuves, seuls chemins des temps anciens, que les Cosaques utilisaient habilement en naviguant vers l’est, parcourant le moins de terrain possible à pied.
Ob ! Dans l’extrême Nord, où je me trouve, il reste gelé jusqu’à deux cent vingt jours par an. L’automne a habillé ses rives d’un uniforme jaune-verdâtre. Un chaud mois de septembre belgradois est arrivé en Sibérie avec moi : jamais dans l’histoire de la ville voisine de Salekhard on n’avait enregistré des températures aussi élevées. « La journée la plus chaude depuis le début des mesures – pas moins de 21,5 degrés », titraient les médias locaux à mon arrivée. Les chiffres sont le leurre le plus convaincant, et c’est aussi le cas ici. Une vingtaine de degrés sibériens diffèrent d’une vingtaine de degrés belgradois. Un vent vif et frais rase le palais, on sent l’arrivée imminente de la neige. Même pendant les journées sibériennes les plus chaudes, il est prudent d’emporter avec soi un pull et une veste.
Ob ! Tel un ours qui s’étire après son sommeil hivernal, sauvage mais paisible, il s’est étendu sur la vaste étendue. L’âme sinueuse du fleuve relie l’océan Arctique et les toundras de Yamal aux steppes kazakhes, mes jours d’école aux tchoums, ces tentes de cuir blanc des peuples autochtones.

D’un côté du fleuve s’étend la capitale de Yamal, Salekhard, une ville moderne de quelque cinquante mille âmes. De l’autre côté se trouve Labytnangui, avec ses vingt-sept mille habitants. En cette journée sibérienne la plus chaude, je sens le froid dans mes os, dans chaque pas et chaque regard. Quelque chose est gelé en chaque Sibérien, dans leurs yeux bleus qui scintillent. Seule leur âme est chaude, une petite lueur de vie qui subsiste dans le froid éternel et lui donne un sens.
Le fleuve Ob est une mer d’eau douce regorgeant de poissons. C’est la fée blanche des contes sibériens. Il sépare deux villes inhabituellement grandes pour les rudes conditions sibériennes. Chaque jour, plusieurs fois par jour, des ferries transportent passagers, voitures, bus et camions. Ils le font avec prudence et humilité face aux caprices de la nature. Quand les vents violents de Sibérie soufflent, quand le brouillard se couche sur le fleuve, s’unissant à l’eau dans un élan amoureux, alors tout le trafic s’arrête. Il ne reste plus qu’à rentrer chez soi et attendre que le soleil gelé réapparaisse à l’horizon.
Les autochtones vivent encore sous des tentes, menant une vie nomade. Ils déplacent leurs « villages » – des groupes de quelques tentes – à travers la toundra tous les quelques mois. Les grandes villes ressemblent à des quartiers modernes du monde entier. Mais ce n’est qu’un leurre : le sol gelé depuis des millénaires a toujours exigé un système de construction particulier. À cause du changement climatique, la terre gelée dégèle, et les bâtiments s’enfoncent. Les longs édifices en bois, partiellement affaissés de tous côtés, ressemblent à des ivrognes, inclinés comme après une bonne soirée entre amis.
Les bâtiments sibériens sont souvent d’une longueur inhabituelle, adossés les uns aux autres, reliés en un labyrinthe infini d’« obchtchéjitïé » (foyers communautaires). Quand les températures chutent à quarante ou cinquante degrés au-dessous de zéro, il n’est pas prudent de sortir dans la rue sans une nécessité absolue. Un immense bâtiment constitue à lui seul tout un quartier avec son école, ses restaurants, ses magasins et même ses places intérieures.
L’Ob, avec son affluent l’Irtych, a un cours long de 5 410 kilomètres, ce qui en fait le septième système fluvial de la planète par sa taille. Les chiffres, encore une fois, ne sont qu’un leurre : au milieu du fleuve, la rive n’est que rarement visible au loin. L’Ob n’est pas, avant tout, un fleuve unique – c’est un système sanguin déployé à travers la toundra sibérienne qui comprend pas moins de 15 000 voies navigables : rivières, bras de fleuve, baies, ruisseaux… Pendant des siècles, ce système sanguin a été l’unique réseau de communication sur un territoire plus vaste que vingt-trois Serbies – et cela ne concerne que le bassin versant du seul fleuve Ob, navigable sur toute sa longueur et grouillant de trafic, sans compter les autres immenses fleuves sibériens… L’Ob sort souvent de son lit, inonde la toundra environnante et crée d’innombrables lacs – les scientifiques affirment qu’il y en a au moins trois cent mille – qui, vus des hauteurs, ressemblent aux innombrables yeux bleus de la toundra.

Le transport de bois représente désormais 80 % du trafic sur l’Ob, si bien que l’on voit partout sur le fleuve des barges chargées à bloc. L’Ob n’a jamais cessé d’être le cœur battant de l’ensemble du transport, même lorsque, au cours du dernier demi-siècle, des chemins de fer fonctionnels et des routes sont arrivés jusqu’au Yamal. Des bateaux à vapeur ont sillonné les fleuves sibériens pendant des décennies, à partir de 1844, et un canal spécial fut même construit pour relier l’Ob et l’Iénisseï. Cela a permis de naviguer à travers toute la Sibérie comme s’il s’agissait d’un archipel, et non d’une immense étendue de forêts et de toundras. Le canal est aujourd’hui à l’abandon mais qui sait, peut-être que des bateaux de croisière à vapeur sillonneront de nouveau la Sibérie d’un bout à l’autre, réveillant le souvenir du temps jadis et attisant l’imagination de voyages insolites.
L’Ob se divise en deux bras – le Grand et le Petit Ob, tous deux longs de plus de quatre cents kilomètres, qui se rejoignent près de la ville de Salekhard, non loin de l’endroit où je traverse le fleuve, pour former à nouveau un lit gigantesque afin de voyager, enlacés, vers les ours polaires et les centaines de milliers de rennes du Nord.
Les chiffres trompeurs confirment que le delta de l’Ob, un estuaire – cette baie en forme d’entonnoir à l’embouchure ouverte sur la mer –, est le plus grand écosystème de ce type sur la planète, long de pas moins de 80 kilomètres. Le mélange de l’eau douce et de l’eau salée crée un paradis naturel ; l’eau et le sol y regorgent de nutriments. Les rennes paissent sur les rives, la surface du fleuve fourmille de vie : ici et là, les poissons sautent dans un élan d’extase.
Je traverse l’Ob à un endroit où les rives sont distantes d’une vingtaine de kilomètres l’une de l’autre. Cependant, à son point le plus large, l’Ob s’étend sur pas moins de quatre-vingt-dix kilomètres ! À titre de comparaison, le Danube est au maximum de sa largeur précisément en Serbie, près de Golubac, où six kilomètres séparent notre rive de la rive roumaine. Ainsi, à son point le plus large, l’Ob est quinze fois plus vaste que le Danube à son maximum ! C’est cela, semble-t-il, que mon professeur essayait de nous faire imaginer ! Sous mes pieds coule un miracle de la nature, de l’existence, de la vie.
La traversée en ferry sur cette mer d’eau douce exalte mon âme alors que les rives disparaissent de mon champ de vision. Le signal du téléphone portable s’affaiblit, et j’utilise cette dernière connexion pour faire part de mon bonheur à mes parents et à mes amis : je suis au milieu de l’Ob, exactement tel que l’avait décrit mon professeur de géographie qui, armé seulement de son imagination et des chiffres trompeurs des manuels, avait foulé ces terres.
Le plus long fleuve russe est la mère de grandes villes telles que Novossibirsk, Sourgout, Barnaoul. Il est plus juste de dire qu’il est la mère de la vie dans sa globalité, ainsi que de la plupart des légendes du Grand Fleuve – l’As, comme l’appellent les autochtones Khantys. Lorsque les Russes l’ont découvert pour la première fois, ils ont nommé toute cette partie de la Sibérie Obdorski, et la ville de Salekhard, à l’époque de la Russie impériale, s’appelait Obdor.
«L’Ob est souvent gelé d’octobre à juin. C’est alors que s’ouvrent des routes spéciales, les zimniks, où l’on circule sur le sol et le fleuve gelés. Le jour où la glace rompt est le plus beau jour en Sibérie ! L’espace s’emplit de fracas, on dirait que le fleuve gémit, soupire, puis pousse des cris de soulagement, tel un prisonnier qui a brisé ses fers, telle une beauté qui s’est libérée de son corset. Soudain, un labyrinthe de fissures apparaît, l’air s’emplit de fraîcheur et de sons tandis que l’Ob retire ses jupons d’hiver, rejette son vêtement de neige, dévoile sa puissance et cinquante espèces de poissons, le rêve de tout pêcheur », me raconte Evguénia Titovskaïa, mon guide, tandis que je remarque, garés sur la rive, des amphibies aux moteurs énormes, prêts pour toutes les conditions météorologiques.
Que serait un grand fleuve sans histoires d’amour ? Il y a de cela des siècles, la fille du grand Khan de l’Altaï, Katoune, tomba amoureuse d’un berger. Lorsqu’elle refusa un prétendant de haut rang, son père s’emporta, et elle s’enfuit, abandonnant richesse et vie confortable. Qu’y a-t-il de plus précieux et de plus agréable que l’amour ? La princesse réussit à rejoindre son élu, Biya, et à s’enfuir avec lui dans la toundra. Le khan furieux envoya toute son armée à sa recherche. « Celui qui me l’amènera, je la lui donnerai pour femme ! », dit-il aux soldats qui ne reculaient devant rien pour capturer la riche beauté. Le cruel guerrier Sarlyk réussit par ruse à découvrir la direction prise par le couple. Il monta son cheval et se lança à leur poursuite, s’approchant dangereusement. Séma, la meilleure amie de Katoune, s’en aperçut. Elles avaient grandi ensemble, passé toute leur vie comme des sœurs. Elle se mit en travers de son chemin, mais elle le savait : une âme féminine fragile arrêterait difficilement un guerrier cruel. Elle s’adressa à la nature, désespérée : « Sauvons l’amour, transforme-moi en rivière ! » La nature l’écouta. Voyant le miracle, Katoune et Biya se mirent également à prier : « Unis-nous en un grand fleuve, nature tout-puissante ! » C’est ainsi que naquit l’Ob.
Le khan altaïen bouillonnait de rage. Il changea ses soldats en rochers et, de colère, se transforma lui-même en une montagne de pierre froide, sans aucune plante. La crinière du cheval de Sarlyk se pétrifia devant la source de l’Ob et devint le dernier grand obstacle avant l’union éternelle des amants.
Le ferry manque du romantisme et de la beauté d’un vieux bateau à vapeur, mais la vie du fleuve et des localités environnantes s’y reflète bien. Des voitures sortent Russes et autochtones – ils fument, discutent, tombent amoureux, parlent de pêche, de nature et de guerre. Je suis surpris par les jeeps gigantesques semblables à des camions, aux roues plus hautes qu’une voiture moyenne. Ce sont des véhicules spéciaux tout-terrain pour rouler à travers la toundra indomptée. D’une de ces jeeps sort la belle Nadejda, vêtue d’un pantalon et d’un t-shirt blancs impeccables ; elle prend des selfies près de l’énorme véhicule boueux, faisant la moue avec ses lèvres rouges près de phares plus grands que sa tête. Ne s’est-elle pas égarée d’un podium de mode, avec ses longues jambes fines, sa poitrine généreuse, son visage doux ? De quelque part, j’ai cru entendre les vers de Sergueï Essénine : « Tu es mon bouleau souple aux jambes légères, créée pour moi et pour bien d’autres ». C’est précisément une Nadejda qui fut le dernier grand amour d’Essénine.


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Nadejda, souriante, est la plus belle fille que j’aie vue au Yamal. Elle est si belle que devant elle, la beauté de nombreux sites d’intérêt s’efface. Il semble que rien que pour nourrir son âme de sa beauté, cela vaudrait la peine de venir au bout du monde, dans le lointain Yamal, au milieu de l’Ob.
« Je suis ingénieure ; on m’a envoyée d’une autre ville sibérienne pour travailler ici avec mon équipe sur la réparation et l’organisation de machines lourdes pour une compagnie pétrolière. Je ne reste que quelques jours, alors avec des collègues, nous avons loué une „petite jeep“ pour faire un tour », dit-elle d’une voix suave, comme si elle venait d’annoncer qu’elle s’était fait faire les ongles.
Le ferry est rempli d’habitants, d’ouvriers d’usine, d’enfants, de chasseurs, de familles nomades. On y parle surtout de la construction du pont. « Je l’ai vu sur des photos, et j’espère vivre assez longtemps pour le voir aussi enjamber l’Ob », me dit l’un des passagers. Tous s’accordent à dire que l’infrastructure s’est améliorée au cours des dernières décennies. Jusqu’à il y a quelques années, il était impossible de se rendre à Salekhard depuis Moscou en voiture.
J’avais traversé l’Ob quatre fois. Quand vint le moment de le faire pour la cinquième fois, le fleuve sembla dire : « Ça suffit ! » Un manteau de brouillard recouvrit le paysage. Tous les vols, tous les bateaux, toutes les affaires urgentes furent suspendus.
« Nous t’emmènerons jusqu’à la petite rivière Vassiougan que tu peux traverser à pied même par ce temps », me dirent les scientifiques du Secteur de géologie du Centre scientifique d’études de l’Arctique qui étaient avec moi ce jour-là. Ils prirent des instruments pour mesurer la vitesse du courant et prélever des échantillons au fond de la rivière, puis nous passâmes à l’épicerie – puisque nous ne pouvons pas traverser l’Ob, nous pouvons faire un barbecue !
Les ours sont cachés au plus profond de la forêt automnale. Dans la rivière peu profonde, des milliers de grenouilles et de petits poissons laissent présager la richesse de la vie au sein d’une nature sauvage. J’enfile des bottes en caoutchouc imperméables et je m’avance dans l’eau avec le scientifique. Soudain, mes jambes s’enfoncent et je réalise que j’ai marché dans des sables mouvants ! Heureusement, la rivière est peu profonde et la rive est proche. Lentement, petit à petit, j’ai réussi à sortir une jambe, puis l’autre.
Ils m’apprennent à mesurer la vitesse du courant – nous collectons des données à la surface, au milieu et au fond de la rivière. Le prélèvement d’échantillons de sol se fait avec une machine spéciale à propulsion mécanique. Il faut une force considérable pour fermer la pelle au fond à l’aide d’un long manche. Il n’y a pas de faibles parmi les scientifiques sibériens : ils doivent être endurants et vigoureux pour survivre et travailler là où la nature ne pardonne ni les erreurs ni la faiblesse. Pour survivre ici, croient les scientifiques, il faut aussi être superstitieux.
« Crois-tu aux esprits ? », m’ont-ils demandé pendant que nous dévorions notre chachlyk. C’est de la bouche des scientifiques, et non des autochtones, que j’ai entendu le plus de légendes et d’histoires surnaturelles en Sibérie !
« Lors de ma première exploration de la toundra, on me dit qu’il fallait toujours s’arrêter à un certain lieu sacré pour remercier les esprits de la nature. On fait une courte pause, on verse un petit verre de vodka en mémoire des esprits. J’étais pressé et je ne voulais pas prêter attention à ces bêtises. De plus, je ne bois pas, alors j’ai ordonné, en tant que chef d’expédition, que nous ne nous arrêtions pas. Un peu plus tard, nous avons percuté des pierres qui ont déchiqueté deux de nos pneus. Nous en sommes sortis vivants de justesse. Cela ne s’était jamais produit, ni avant ni après. Depuis lors, peu importe l’urgence, je préviens d’avance, même mes chefs : soit nous buvons de la vodka pour les esprits, soit je reste à la maison ! », me raconte Rostislav, le membre le plus travailleur et le plus svelte de l’équipe.
« Au milieu de nulle part, dans le coin le plus reculé, nous avons vu des tentes, des tchoums », me raconte Roman, également scientifique. « Une femme est sortie et nous a demandé d’emmener son enfant dans la direction où nous allions, jusqu’à la tente suivante. Comment prendre l’enfant d’autrui dans un endroit aussi désolé ? Comment savoir si j’allais seulement trouver l’autre tente ? Que faire de l’enfant ? Qui assumerait une telle responsabilité sans raison ? J’ai refusé, bien sûr. Après une demi-heure dans l’immensité plane et infinie, nous nous sommes perdus. La boussole et tous les appareils de navigation sont devenus fous. C’était comme si la machine était ensorcelée. Nous avons eu très peur. Nous étions convaincus que cette femme connaissait les esprits de la toundra et s’était plainte à eux. J’ai ordonné que nous retournions à la tente. Elle était déjà partie. Je me suis excusé auprès des hôtes de n’avoir pas exaucé leur demande, je leur ai laissé une partie de notre nourriture. Ce n’est qu’après cela que le voyage a repris sans problème ».
Sur le sol a poussé une petite fleur rouge qu’ils appellent la rose de Sibérie. « C’est peut-être la plante arctique la plus curative », me dit Rostislav. « Ses vertus médicinales étaient appréciées par les empereurs chinois et les Grecs anciens. Ses habitats étaient transmis comme un secret de famille de génération en génération. La science a confirmé l’influence positive de cette plante sur la santé dans plus de 170 études pharmacologiques et cliniques. La racine d’or, comme nous l’appelons, contient plus de 140 principes actifs. Les préparations à base de cette racine sont utilisées contre l’anxiété, la fatigue excessive et la dépression. »
La pluie a commencé à bruiner, nous avons donc remballé nos affaires pour sortir de la forêt avant l’averse. On entre dans l’eau en jeep, il n’y a pas de pont ; les roues broutent, mais nous nous extrayons lentement. Quand l’eau montera, ce qui ne tardera pas, la route deviendra impraticable.
L’Ob coule depuis soixante mille étés et hivers, affirment les scientifiques. Combien de couchers de soleil cela représente-t-il ? Dès mon arrivée au Yamal, après la cérémonie du passage du cercle polaire, on m’a emmené sur les rives de l’Ob. Le soleil témoigne de soixante mille ans de rendez-vous amoureux entre le fleuve et le ciel ; il témoignera aussi de mon amour pour l’Ob, pour tous les fleuves de Sibérie et du monde ; il témoignera de mon respect envers eux car, sans respect, il n’y a point d’amour.
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Pour P.U.L.S.E texte, photographies et vidéos: Viktor Lazić
